Intervention Annick LACOUR, Conseiller municipal de Cannes, sur le port Canto et la façade maritime
Concernant l’orientation grande plaisance, Monsieur l’Adjoint, vous ne cessez de nous surprendre.
Comment, vous, à la barre de la façade maritime, pouvez-vous naviguer à vue et, brutalement changer de cap ?
L’orientation du Port Canto vers les grandes et moyennes unités n’est pas une nouveauté. Déjà, en 2003, une étude de Monsieur Daher, architecte-urbaniste, intégrait une orientation du Port Canto vers la grande plaisance.
Peut-être auriez-vous pu vous y référer et faire ainsi l’économie de 21.000 € TTC d’un cahier des charges erroné.
D’autre part, si nous comprenons que, d’un point de vue strictement économique, le choix de la grande plaisance est plus rentable, nous souhaiterions que le port vive et ne soit pas un lieu d’hibernation, un garage de luxe pour bateaux et équipages assoupis.
Aussi, nous vous convions à respecter un équilibre entre les différentes unités (grandes, moyennes et petits unités) au Port Canto.
Quant au dragage, pouvez-vous, dès à présent en évaluer le coût ? Ce projet, pour 7 mètres de tirant d’eau, nous semble largement surdimensionné pour des yachts, même de 60 mètres, sauf pour des voiliers de course ou, peut-être le méga yacht de Monsieur Al Walid. Est-ce dans vos perspectives ?
L’autre projet évoqué dans cette délibération est la capitainerie. Beaucoup de professionnels de la mer nous avaient déjà alertés sur sa situation et sur sa conception.
Peut-être est-il encore temps d’inverser l’affectation des deux niveaux, en réservant l’étage supérieur au staff de navigation et non aux réceptions.
Vous le savez, les caméras n’ont jamais remplacé la vigilance humaine.
La capitainerie ? C’est comme une tour de contrôle dans un aéroport ; on n’installe pas les aiguilleurs de pistes au ras du sol, on ne les entoure pas de gratte-ciels.
Aussi, écoutez nos conseils, Monsieur l’Adjoint, même s’ils émanent de l’opposition.
Concernant l’évolution de l’autorisation de programme portant sur l’aménagement de la voirie au droit du quai n°1, nous pensons que cette requalification, c’est-à-dire pour nos amis Cannois, de la voie qui longe la Croisette de l’entrée du port jusqu’au Baôli, pourrait attendre le résultat de l’appel à concession que vous avez lancé en septembre 2011.
Aussi, en tant que garants du bon usage des deniers publics, nous vous proposons de programmer ces travaux de voirie après et non avant la réalisation de bâtiments, forcément sources de fondrières et d’affaissement du sol. On voit, trop souvent des chaussées parfaitement lissées, défoncées quelques jours après, pour de nouveaux chantiers, curieusement oubliés.
D’autre part, et c’est une question importante, les concessions accordées par l’État jusqu’en 2014, n’ont pas, à notre connaissance été annulées, malgré votre reprise en gestion directe. Si tel était le cas, vous seriez tenus de vous conformer au cahier des charges de la concession immobilière et portuaire toujours en vigueur jusqu’en 2014.
Aussi expliquez-nous comment pouvez-vous lancer, en 2011, un appel à concession sur 30 ans si les précédentes concessions se terminent en 2014 ?
Enfin, sur la fusion des budgets des ports communaux, vous affirmez qu’aucune obligation règlementaire ne s’oppose au regroupement de deux budgets annexes. Nous sommes plus prudents que vous et nous réservons d’étudier le fondement juridique de cette fusion.
La fusion des deux budgets portuaires de Cannes peut, à première vue, paraître un outil idéal de souplesse et de mutualisation des moyens, mais elle a au moins deux inconvénients majeurs : le premier de créer une forme d’opacité budgétaire. La preuve en est lorsque vous nous demandez d’approuver en section d’investissement et je vous cite « de disposer de chapitres globalisés pour les opérations d’équipement ».
Ce qui nous paraîtrait plus rationnel et d’une meilleure lisibilité serait de respecter le budget autonome de chaque port afin d’évaluer, à tout moment les pertes éventuelles, les foyers de croissance ou autres, de chaque entité. Les recettes doivent compenser les dépenses, et les charges doivent être financées par les usagers dans une comptabilité la plus proche possible de la réalité des flux.
Le deuxième inconvénient réside dans la cohabitation des personnels régis par deux statuts différents. Ceux des ports communaux, relevant de la fonction publique territoriale et ceux du Port Canto affiliés à une convention collective de droit privé…
Pour terminer, je souhaite aborder la question du nom du Port Canto.
Dans ce cas précis, il nous faut considérer deux domaines : le domaine des sentiments et celui du droit. La requête de Madame Isabelle Canto est entre les mains de la justice et c’est à elle de se prononcer. En revanche, nous devons légitimement poser la question de la valeur ajoutée du nom « Canto », au premier port de plaisance d’Europe.
Le Port Canto est intimement lié à notre histoire ; il est entré dans la légende, au même titre que le Palm Beach et le voir réduit à n’être que le « second port communal de Cannes » et, qui plus est, fondu dans un budget annexe, relève d’un mépris affiché pour ce nom qui appartiendra toujours, au patrimoine immatériel de notre cité.