Intervention de Philippe TABAROT
Voici qu’enfin, après de nombreuses années, le dossier de l’intercommunalité revient dans le débat cannois, non par choix, mais uniquement parce que l’Etat impose aujourd’hui aux communes non intégrées en intercommunalité de se regrouper.
Nous pourrions regretter les réticences que vous avez affichées durant tant d’années et qui ne nous ont pas permis de nous engager volontairement dans cette démarche intercommunale.
Nous la savions pourtant inéluctable.
Néanmoins nous n’avons aucune volonté de polémiquer sur ce sujet qui revêt une importance stratégique pour l’avenir de Cannes, les cannois et plus globalement pour notre bassin de vie.
Je m’en tiendrais donc simplement à l’analyse de la délibération que vous nous soumettez.
I. une intercommunalité au service de la population
En commençant tout d’abord par rejoindre votre propos sur au moins un point, Monsieur le Maire : effectivement, cette intercommunalité n’a de sens que si elle permet de rationnaliser et d’optimiser le fonctionnement de nos services publics.
C’est un souci que notre groupe porte en permanence pour la Ville de Cannes et vous connaissez notre vigilance à cet égard face à la tendance que nous constatons aujourd’hui dans notre Ville.
Il est donc bien légitime que nous nourrissions la même ambition pour la future intercommunalité.
Si nous poursuivons le même objectif que vous, ou en tout cas le même objectif que celui que vous affichez, nous différons sur les moyens pour y parvenir.
II. Critiques sur la délibération
Je ne partage pas votre analyse sur le périmètre cohérent de notre futur EPCI.
Une intercommunalité de 53 communes à l’échelle de Cannes-Grasse-Antibes, pourquoi pas ?
Mais ce n’est certainement pas pour demain alors que nous n’avons pas encore posé les bases de notre futur commun avec nos voisins les plus immédiats.
Je rappelle aussi que la Communauté d’agglomération de Sophia-Antipolis, à travers son Ministre-Président Jean LEONETTI, le Sénateur-Maire de Valbonne et bien d’autres maires, vous ont opposé une fin de non-recevoir.
Ils ne veulent pas s’unir avec Cannes. Nous ne pouvons faire un mariage forcé avec eux.
Envisager le contraire, c’est perdre son temps et du temps nous en avons déjà perdu beaucoup trop.
Je dirais même que nous sommes en retard sur nos administrés. Eux vivent depuis longtemps l’intercommunalité au quotidien dans leurs activités professionnelles, leurs vies associatives, leurs loisirs.
Nous pourrions, si vous l’aviez voulu, avoir une intercommunalité concrète avec les 5 communes du bassin cannois.
J’avoue d’ailleurs que c’est la solution qui aurait ma préférence, nous permettant d’apprendre à travailler ensemble et à mutualiser nos moyens, avant de nous ouvrir vers le pays grassois.
Les services de l’Etat nous proposent de passer directement à cette deuxième étape.
Pour notre part cette vision ne nous pose pas de problème majeur, elle porte même une vraie cohérence au regard de l’axe important que représente Cannes-Grasse, notamment pour les flux de personnes.
Conclusion :
Nous sommes donc défavorables à la délibération que vous nous proposez pour les différentes raisons que je viens d’exposer et que je rappellerai pour conclure :
- D’abord parce que c’est une erreur stratégique. Le périmètre que vous proposez est rejeté par la CASA et par de nombreux élus dans le bassin Cannes-Grasse,
- Ensuite parce que je suis convaincu que Cannes à tout à gagner à s’investir de manière positive à construire une intercommunalité cohérente avec nos amis du pays grassois,et je dis bien de nos amis Monsieur le Maire car je sais qu’en allant démarcher les élus pour vendre votre projet vous avez récemment découvert les villages du moyen et du haut-pays grassois (je les connais bien, je travaille avec eux depuis 15 ans). Vous trouvez face à vous, non pas des petits maires, mais au contraire de grands maires de petites communes dévoués, efficaces et qui sont des exemples en termes d’humilité.
Pour autant, il ne s’agit pas exclusivement d’une affaire d’élus, je reste pleinement attaché à ma proposition d’états généraux de l’intercommunalité pour demander son avis à la population, mais aujourd’hui, à force d’atermoiements et de défiance, nous n’avons plus le temps de maitriser notre destin.
Demain c’est l’Etat qui décidera pour nous, je suis le premier à le regretter, mais nous avons raté tant d’occasion qu’il ne faut pas gâcher le peu de temps qu’il nous reste pour construire avec nos voisins une intercommunalité au service des habitants.
La question n’est plus de savoir s’il y aura une intercommunalité. Vous ne pouvez plus la repousser.
Plutôt que de chercher un nouvel expédient voué à l’échec avec la CASA, saisissons l’occasion de tendre la main à nos voisins pour leur montrer que la ville de Cannes n’a plus peur de l’intercommunalité et qu’elle est prête à la faire sur le bassin Cannes-Grasse.
Nous avons tout à y gagner et nos habitants aussi.
Aussi, Monsieur le Maire, nous ne soutiendrons pas cette délibération et nous sommes favorables au Schéma qui nous est proposé par le Préfet.