Je tiens tout d’abord à remercier les services de la mairie pour le travail accompli pour la confection de ces documents ainsi que Max Artuso pour la présentation effectivement très claire qu’il nous en a faite.
Le Budget est un acte important pour une majorité municipale et ça doit être aussi l’occasion pour le groupe le plus important de l’opposition de faire part de ses orientations.
Je commencerai par une première remarque de forme : comme vous l’avez rappelé, dans un contexte rendu incertain par la réforme de la Taxe Professionnelle dont les conséquences ne sont pas encore vraiment précisées (mais qui devraient être favorables pour Cannes avec les nouvelles formes de contribution des entreprises) pourquoi examiner cette question aujourd’hui, alors que le délai d’approbation des BP peut courir jusqu’à la mi-avril et que beaucoup de communes préfèrent attendre d’avoir des données plus précises pour présenter leur BP ? Déjà je remarque que nous votons aujourd’hui encore une DM, la 9ème, et que nous sommes passés, tout au long de l’année, d’un budget de 340 M€ au BP 2010, à 389 après la dernière DM et que le BP que vous nous présentez aujourd’hui est de 346 M€. Ne vaudrait-il pas mieux attendre d’avoir les chiffres définitifs de 2010 et ainsi éviter ces DM tout au long de l’année ?
Ensuite sur le fond : En dépit de votre présentation flatteuse, qui reprend d’ailleurs beaucoup de choses qui ont été dites lors du Débat d’Orientation le mois dernier et qui tiennent plus de la déclaration d’intentions que des documents budgétaires précis, nous persistons à penser que la situation financière de la ville reste préoccupante.
Notamment si l’on se réfère aux ratios et informations financières qu’on trouve dans les annexes (p.6) :
- dépenses réelles de fonctionnement : 3.093 € par habitant contre 1.381 € en moyenne nationale ;
- produit des impositions directes : 1.616 € par habitant contre 611 en moyenne nationale.
Quant à 2 autres indicateurs, pourtant importants, vous ne nous donnez pas la moyenne de référence :
Encours de la dette par habitant 4.210 € et encours de la dette / recettes de fonctionnement : 121,94 %, eh bien, je vais vous donner les renseignements qui vous manquent : 2.000 € dans le 1er cas, soit donc 50% de plus à Cannes qu’ailleurs et 78 % dans le second, donc bien moins important ailleurs qu’à Cannes…
S’agissant de la capacité d’autofinancement de la ville, on relève qu’elle reste en deçà de son potentiel fiscal par rapport aux autres communes
Mais quand il y a de bonnes choses nous n’hésitons pas à le dire, donc à ce titre je relèverai :
- la baisse des charges à caractère général ;
- la baisse des charges de personnel ;
- un tout petit début de désendettement (pour mémoire, la dette de la ville était de 147 M€ quand vous êtes arrivés aux affaires, elle a atteint un pic de 314 en 2008 et vous annoncez pour 2011 le chiffre de 295) ;
- l’engagement de « recentrer » les investissements sur des « opérations prioritaires pour la qualité de vie des Cannois ».
C’est exactement ce que nous réclamons depuis 2008…
Donc c’est pas mal, mais ce n’est pas encore ça :
Regardons par exemple les charges de personnel : les effectifs diminuent mais de… 40 unités sur 2.770, soit 1,44 % en effectif et 2,46 % en €. On est encore loin du non remplacement d’un agent sur trois que vous nous dites avoir mis en œuvre depuis 2008, puisque les dépenses de personnel qui s’élevaient en 2009 à 99,3 M€ atteindront 102,5 M€ en 2011.
Par ailleurs, par rapport à 2004, on est toujours à plus de 22% d’augmentation.
Quant au total des dépenses de fonctionnement, elles passent (p.9 de l’annexe) de 239 à 248 M€ soit une hausse de 3,75 %.
S’agissant des investissements : là aussi on peut parler de présentation flatteuse où vous mélangez ce qui sera réalisé et ce qui sera lancé. De plus, il y a un sérieux décalage dans la hiérarchie de vos priorités : 5 M€ seulement pour des investissements à caractère social en 2009, 2010 et 2011, alors que vous consacrez plus de 20 M€ au complexe de tennis et la même somme pour la piscine olympique. Et d’ailleurs, on a encore droit, en 2011, aux séquelles de ces grands projets pour lesquels la note ne cesse de s’alourdir :
- 350.000 € pour les tennis ;
- 1,8 M€ pour le centre aquatique ;
- et encore 1,5 M€ pour la protection du littoral et l’ensablement des plages, avec le succès que l’on connaît…
Ceci alors que d’autres projets plus intéressants pour le quotidien des Cannois ont du mal à sortir ou restent dans les cartons : l’aménagement des Allées, la rénovation du Marché de La Bocca, l’aménagement des quartiers Saint-Louis et Saint-Jean.
Quant aux recettes, je ferai trois observations :
Les ressources fiscales, vous faites beaucoup de publicité sur la stabilité de vos taux d’imposition, mais la feuille d’impôts des cannois ne cesse d’augmenter et si vous gagnez 10 M€ en termes de taxes grâce aux nouvelles constructions, c’est au prix d’une densification accrue de la ville (Cannes Grand Parc en est le meilleur exemple) sans parler des charges induites par les indispensables équipements publics qui devront en découler.
Je crains que pour l’avenir vous ne deviez augmenter la fiscalité sur les ménages.
Les « autres produits exceptionnels sur opérations de gestion » doublent, passant de 70 à 131,9 M€. Ainsi vous allez encore vendre pour 21 M€ de patrimoine cannois, alors que, par comparaison, vous aviez prévu en 2006 une recette de 400.000 € seulement à ce titre.
La taxe de séjour, acquittée par les touristes et non par les entreprises, diminue de 5,77 %, ce qui démontre malheureusement que la gestion de cette activité n’est pas aussi bonne que le prétendent les responsables de la SEMEC.
Alors que les conséquences sociales de la crise vont être de plus en plus prégnantes sur les budgets des communes, il faut à tout prix que vous soyez plus sélectif dans vos choix d’investissements et que vous rationalisiez davantage vos dépenses.
Loin de moi la volonté de donner une quelconque leçon à M. Artuso, je n’ai aucun titre pour le faire, mais, s’il accepte une petite dose d’humour, en conclusion de mon propos j’imagine le commentaire que pourrait faire un instituteur sur votre copie : « a commencé à réaliser la gravité de sa situation ; et, sous l’influence positive de certains de ses petits camarades, a modifié son comportement. Doit persister dans ses efforts dans l’intérêt général »
