Intervention Olivier Vasserot, Conseiller municipal de Cannes, groupe Gagner Pour Cannes
Délibération : les orientations budgétaires des budgets de la ville de Cannes pour 2012
Nous venons d’avoir, pendant une heure, une présentation détaillée du rapport d’orientation budgétaire et je tiens à remercier les services de la ville pour ce travail.
Sur le fond, je ne peux qu’être admiratif, une nouvelle fois, de la manière dont vous arrivez à présenter les choses. Il s’agit à l’origine, dans la volonté du législateur qui a rendu obligatoire ce document, d’apporter plus de transparence dans la gestion publique d’une collectivité et d’éclairer les élus et à travers eux l’ensemble de la population, sur sa stratégie.
Or ici, l’exercice est différent et devient une ode à la gloire de votre action, il n’y a jamais l’ombre d’un doute, ce sont certitudes sur certitudes. Ici, le rayonnement est toujours international ; les événements de haut niveau, ici, comme vous l’avez dit Monsieur le Maire, il y a « du bonheur pour tout le monde », ici, même les « études » sont ripolinées et deviennent des « travaux préparatoires », il est vrai que cela peut aider à leur présentation quand elles dépassent les millions d’euros…
Cela me rappelle, puisqu’on est dans la ville du cinéma, ce qu’avait fait Jacques Demy lors du tournage des « Demoiselles de Rochefort », il avait fait repeindre de couleurs pastel et pimpantes, adaptées à une comédie musicale, les façades des maisons de la place principale de la ville.
Quelques exemples pris au hasard à la lecture de votre document :
- un mobilier urbain « unique au monde » qui suffit à mettre en valeur tous les quartiers de la ville ;
- c’est grâce à « votre » action que la ville de Cannes a obtenu la qualification de « commune touristique » ;
- vous évoquez « la volonté sans faille de la municipalité qui a choisi d’agir sur les charges de fonctionnement plutôt que d’augmenter la pression fiscale ». Bravo ! Mais qu’en est-il vraiment ? Les dépense de fonctionnement, à 224,73 millions d’euros augmentent par rapport à l’an dernier et les ressources fiscales dont certes vous n’augmentez pas le taux (déjà très élevé) bénéficie de la densification immobilière que vous avez autorisée et organisée ;
- la remontée de la notation à AA résulte essentiellement, on l’a dit, des cessions du patrimoine communal, passée entre 2008 et 2011 de 3 à 21 millions d’euros ;
- l’enthousiasme avec lequel vous évoquez la « politique volontariste de désendettement » témoigne d’une conversion récente à laquelle d’ailleurs notre groupe n’est pas étranger ;
- les chiffres que vous présentez tantôt se réfèrent à 2001, pour bien montrer qu’auparavant la ville n’existait pas ou si peu, mais parfois vous parlez de 2004, 2006, voire 2010, selon ce qui vous arrange ; ainsi pour le désendettement, vous partez de 2008, l’année de votre record ;
- de même encore, vous acceptez les ratios par rapport au total de la population quand ça vous arrange, en l’espèce pour illustrer le montant des dépenses d’équipement par habitant, mais vous le récusez quand il s’agit de parler de l’endettement par habitant. De même encore, quand vous écrivez que les charges de personnel représentent à Cannes 43,5% des dépenses totales de fonctionnement par rapport à une moyenne nationale de 53,8 %, quelle est votre échantillon de référence : toutes les communes de France, les touristiques, celle de notre strate de population… ?
Le plus symptomatique, j’allais dire le plus drôle c’est votre nouvelle démarche « low cost » que vous détaillez avec soin ; regardons de plus près en quoi elle consiste vraiment : diagnostic du besoin estimation du coût global suivi de la procédure de compétition arbitrage politique suivi de la commande, etc…
Eh bien c’est classiquement une procédure d’appel d’offres dans un marché public, ce n’est rien moins que le B.A-BA de tout investissement public et la procédure légale suivie par toutes les communes, qu’y a-t-il d’innovant là-dedans ? Et dire que c’est seulement depuis 2010 que vous le faites, bigre !
S’agissant des investissements, ils vont passer de 50 à 65 millions d’euros, donc en progression, sans toutefois atteindre les sommets des années précédentes. En même temps, les subventions reçues, grâce, dites-vous, à votre persévérance, passent de 4,3 à 4,8 millions d’euros donc leur proportion va diminuer sensiblement ; il va falloir que vous persévériez encore un peu…
Sur les réalisations, il y a un parfois un aspect dérisoire dans votre bilan qui ressemble davantage à un inventaire : en matière de sécurité vous relevez 12 procédures de « rappel à l’ordre » ; sur le plan économique, vous évoquez la « caravane des entrepreneurs », la campagne « contrefaçon ? Du tac au tac dites non au toc » et parmi les actions 2012, on apprend qu’on installera - et en plus à titre expérimental seulement - un brumisateur sur la plage Macé…
Prospérité, Sécurité, Qualité de vie, Attractivité, dites-vous, en répartissant d’ailleurs au petit bonheur la chance vos investissements dans l’une ou l’autre catégorie ; mais cette belle présentation ne trompe plus personne.
Il y a un décalage, chaque jour plus fort entre vous, vos assertions, les arguments que vous assénez, les évidences que vous égrenez avec toute la force des outils de communication qui sont à votre disposition et la réalité vécue au quotidien par les Cannois. Vous écrivez que « votre « municipalité démontre sa capacité d’anticipation et d’adaptation pour offrir aux Cannois des services de plus en plus performants ».
Mais c’est le contraire qui se passe : propreté, sécurité, stationnement, circulation, activité commerciale… sur tous ces points vous pouvez interroger les Cannois, dans la rue, dans leurs boutiques, partout, écoutez-les, vous aurez une vue plus réelle des choses, moins idyllique. Sortez de votre bulle médiatique, vous savez, les médias peuvent déformer la réalité mais ne la changent pas. Tenez en compte.
J’ai cité les « Demoiselles de Rochefort » et Jacques Demy, sachez qu’à la fin du film, les habitants ont tous demandé qu’on revienne à la situation antérieure et à retrouver leurs façades d’origine, trop de rose parfois…